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La vision 2030 de l’Arabie saoudite : la voie à suivre

Vision 2030 a l’intention de transformer l’économie saoudienne, la plus grande économie arabe et la deuxième économie du Moyen-Orient après la Turquie, et de réduire sa dépendance au pétrole. Depuis son lancement au printemps 2016, il a réussi à attirer beaucoup d’attention. Il visait à s’attaquer à bon nombre des problèmes qui entravent l’économie, tels que la faible participation des femmes au marché du travail, la domination du secteur public et la dépendance excessive du secteur privé à l’égard des subventions et des contrats publics. Il prévoyait également de développer des logements abordables dans un pays où la population est jeune et en croissance rapide.

Cependant, l’attention a été portée sur l’introduction en bourse de Saudi Aramco et d’autres initiatives de grande envergure. Il s’agissait notamment du lancement d’une mégapole futuriste appelée NEOM sur les rives de la mer Rouge, de l’engagement du Fonds d’investissement public du pays à investir 45 milliards de dollars dans le Fonds pour la vision future de Softbank, le plus grand fonds de capital-risque jamais mis en place, et du développement d’une industrie du tourisme et des loisirs avec des stations balnéaires sur la mer Rouge, et des centaines de salles de cinéma à travers le royaume. Dans le cadre de Vision 2030, le gouvernement a également annoncé la levée très attendue de l’interdiction de conduire pour les femmes.

Il y a une raison d’acquérir des actions dans des entreprises technologiques étrangères. Mais l’effet de contagion de ces investissements sur l’économie saoudienne repose sur l’existence d’une solide base manufacturière et technologique locale. Par conséquent, Vision 2030 devrait viser à catalyser le développement de ces capacités nationales. Cela implique le développement de grappes industrielles pour mettre l’économie saoudienne sur une trajectoire de forte croissance de la productivité.

De nouveaux secteurs industriels peuvent être développés en fonction de la base de production existante de l’Arabie saoudite dans les industries pétrochimiques et métallurgiques, et de la disponibilité de matières premières et d’énergie abordables. Il s’agit notamment d’une industrie des composants automobiles et aérospatiaux qui pourrait être développée autour de moulage en plastique et de transformation des métaux. L’industrie pétrochimique peut également être utilisée pour développer des produits pharmaceutiques, des industries FMCG, et des matériaux de construction de pointe tels que le verre, la céramique et les structures en polycarbonate. Ces activités ont un grand potentiel pour créer des emplois pour les diplômés saoudiens en sciences et en technologie.

L’Arabie saoudite peut également faire des incursions dans des industries plus éloignées de ses capacités actuelles, comme l’électronique. Cette orientation s’apparenterait à ce que Ricardo Haussmann, professeur à Harvard, appelle un « pari stratégique ». C’est plus difficile, mais la récompense pourrait valoir la peine de prendre le risque. Pour ce faire, le royaume devra construire une base de services solide dans des domaines allant du transport et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement à la Recherche et D et la conception industrielle, le marketing et la publicité, et la gestion des droits de propriété intellectuelle. L’économie numérique pourrait également servir de catalyseur à condition qu’il y ait un passage des applications B-C à B-B à B pour soutenir l’automatisation des processus industriels.

Le succès de cette entreprise implique des politiques du travail bien conçues. Jusqu’à présent, la stratégie en vigueur a été axée sur la substitution des expatriés par les habitants. Mais il serait difficile de rejeter totalement la contribution des expatriés à l’économie saoudienne. Les saoudiens ont des salaires de réservation élevés qui les rend réticents à accepter des emplois moins bien rémunérés. Il est également difficile pour les entreprises privées de se conformer aux politiques de saudisation. En conséquence, il s’agit d’un jeu perdant-perdant. L’alternative est de créer de nouveaux emplois pour les Saoudiens dans les activités à forte productivité justifiant la prime salariale.

Enfin, le Royaume devrait accélérer son intégration économique avec ses voisins en relançant le projet de monnaie unique du CCG. Une monnaie unique avec un taux de change flexible pourrait stimuler le secteur manufacturier et aider à absorber les fluctuations des prix du pétrole. Une intégration plus poussée évitera de dupliquer les projets et de gaspiller des ressources dans des domaines où les économies d’échelle sont essentielles telles que les industries de l’automobile, des produits pharmaceutiques et de l’électronique. Une coopération accrue dans les secteurs industriel et financier ouvrira la voie à une intégration plus poussée. Si l’Histoire est un guide, elle montre que l’intégration économique peut atténuer les tensions géopolitiques et réduire leur potentiel d’escalade.

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